Give your mind to whatever comes and goes, but give your heart to that which remains always with you. 

La Relation avec l'Enseignant.


L’enseignant ne veut absolument rien de l’élève, ni pour l’élève. Il ou elle n’a pas de “programme”. Le soi-disant enseignant voit le soit-disant élève comme lui-même, c’est-à-dire comme la Présence. C’est cette attitude seule qui, dans mon expérience, est l’agent effectif dans la relation apparente entre enseignant et élève.

Pendant si longtemps le monde nous a traité comme une personne séparée et ainsi nous avons appris à penser, sentir et agir comme tel. Un jour, par la Grâce ou par le résultat d’une longue aspiration de notre coeur, qui est aussi la Grâce, nous pouvons rencontrer quelqu’un qui ne nous traite pas comme une personne séparée, avec tout ce que l’on attend d’elle, mais nous traite comme notre véritable Soi.

Nous pouvons simplement enregistrer cette rencontre comme une amitié, le simple sentiment :“J’aime cet homme ou cette femme” ou “J’aime me trouver autour de cet homme ou de cette femme.” Nous ressentons une facilité, une liberté en leur compagnie. Nous ne savons pas pourquoi et cela n’a pas d’importance. Nous apprécions simplement cette facilité et liberté, et nous nous retrouvons à chercher la compagnie de cet homme ou de cette femme aussi souvent et longtemps qu’il en existe le désir ou que les circonstances le permettent.

C’est un tel soulagement de ne pas être considéré comme une entité séparée, avec toutes les demandes et attentes habituelles, qui vont de pair avec cette attitude. Nous sommes simplement libres d’être nous-même, quel que soit ce que cela veut dire pour chacun de nous. Parfois c’est un soulagement léger et on remarque simplement une détente au niveau du mental et du corps, et parfois c’est beaucoup plus spectaculaire, il y a des larmes et des rires.

Parfois, l’amitié est la seule forme dans laquelle l’enseignement prend place. Il y a peu ou pas besoin de beaucoup de paroles ou d’explications. C’est simplement être ensemble. De cette façon, la facilité et la liberté de l’enseignant nous imprègnent en quelque sorte et on les attrape d’une certaine manière comme on pourrait attraper un rhume ! Nous nous établissons en elles graduellement sans savoir pourquoi, comment et quand cela s’est produit, ni ne nous en soucions ! De même nous pouvons aimer en parler, mais on pourrait aussi se taire, continuer nos vies et ne jamais le mentionner.

Lorsque l’on a demandé, avec humour, à mon premier enseignant comment il aimerait être réincarné, il répondit : “Réalisé, mais sans avoir besoin d’en parler !”

Toutefois, beaucoup d’entre nous s’interrogent et veulent explorer ce goût de facilité et de liberté, et commencent de ce fait à poser des questions. C’est en réponse à ces questions que l’enseignement est élaboré. Si vous avez le privilège et la chance de passer du temps avec un tel homme ou une telle femme, vous verrez que l’enseignement est toujours vivant, spontané et surtout, taillé en réponse à l’instant.

Ainsi il n’est jamais mécanique ou empreint de formules. Il se peut que en réponse à une question particulière, l’enseignant trouve sur le champ une ligne d’investigation ou un exercice qui peuve aider à aborder le sujet en question. Puis c’est oublié à la fois par l’enseignant et l’élève. L’expérimentation est vivante et dans le moment.

Ce sont seulement les pundits ou intellectuels qui rassemblent toutes les suggestions d’un enseignant et en font une méthode ou une pratique et ultérieurement une religion.

Au début avec mon enseignant, j’aimais beaucoup les explorations, surtout en rapport avec le corps et le monde. Elles étaient si concrètes. Après un certain temps et avec ses encouragements, j’ai commencé à faire mes propres explorations. C’était si plaisant !

J’ai commencé par vérifier auprès lui toutes ces nouvelles lignes de recherche, pour être certain que j’étais sur le bon chemin, et puis j’ai arrêté de lui en parler, appréciant simplement le fait de trouver de nouvelles façons d’explorer mon expérience. C’était de nouvelles lignes de raisonnement autant que des explorations du corps et du monde.

Après un certain temps, il n’y avait plus de questions par rapport à l’enseignement. Cela ne signifiait pas que je savais tout, mais j’avais reçu la clé en or et j’apprenais à trouver mon propre chemin.

Plus tard encore, il n’y avait plus que des questions pratiques, comment cet amour et cette compréhension s’expriment dans le monde, au travail, dans l’art, les relations, la famille etc. Et puis il n’y avait plus de conversation sur ces questions, simplement le plaisir d’être ensemble, quelles que soient les circonstances où nos deux caractères se rencontraient.

Donc par rapport à votre question sur “l’obstacle final”, le “basculement”... je dirais que l’enseignant n’est pas, dans mon expérience, celui avec l’arc et la flèche visant l’ignorance dans toutes ses formes dont les plus subtiles, même si je respecte que dans certaines traditions que vous décrivez, ce peut être le cas. Dans mon expérience, il ou elle est plus comme un océan d’amour et d’intelligence. C’est dans cet océan, que nous attribuons au début à la personne de l’enseignant, puis plus tard à la Présence impersonnelle, que les croyances et sensations d’être une personne séparée et limitée sont dissoutes. Comment se fait cette dissolution, je ne sais pas vraiment, mais c’est unique pour chaque cas.

Pour certains, cela n’impliquera même pas la présence d’un enseignant personnel, mais même dans ces cas rares, c’est toujours le même océan d’amour et d’intelligence qui dissout l’apparente ignorance.

Lorsque l’on se penche sur la relation avec l’enseignant, elle reste un mystère. Nous ne savons pas ce qui se passe, quand, comment, ou pourquoi. Tout ce qui reste, c’est un coeur éperdu d’amour et de gratitude. Nous ne savons pas de quoi nous sommes amoureux, ni envers qui nous sommes plein de gratitude. Il est presque impossible d’en parler, tout comme il est impossible de parler de l’amour que l’on ressent envers un enfant ou un ami. Toutefois, ce n’est pas nécessaire, car on ressent de plus en plus que la vie elle-même, dans toute sa diversité, est simplement un mouvement de cet amour.

Q: Pour certains, la prescription de “aucune pratique, demeurez simplement en tant que Conscience” est suffisant. Pour d’autres, il y a trop de solidité dans l’illusion du soi pour que cette approche puisse être efficace…

R: Oui, les enseignements peuvent prendre une infinité de formes pour répondre au besoin du moment. La prescription “aucune pratique, demeurez simplement en tant que Conscience” est une des formes possibles de l’enseignement. Si elle vient dans le moment, comme la réponse d’amour et d’intelligence à une question ou situation particulière, ce sera parfait. Mais si elle est donnée mécaniquement en réponse à toutes les questions, elle perpétuera l’ignorance qu’elle cherchait à dissiper. En réalité dans ce cas elle vient de l’ignorance.

L’enseignement n’est pas dans les mots, il est dans l’amour et la compréhension d’où viennent les mots et avec lesquelles ils sont chargés. Les mots ne sont que l’emballage de l’enseignement. Ils ne sont importants que dans la mesure où ils conduisent à l’amour et la compréhension dont ils sont issus. Ainsi dans les mains d’un enseignant doué et sensible, une très large variété d’expressions sera utilisée selon le moment, y compris des expressions qui semblent tolérer l’entité apparente et le monde apparent.

C’était la réponse longue ! La réponse courte sur l’essentiel est que oui je pense que nous sommes d’accord. La Présence est ce que nous sommes, c’est aussi la substance du monde, des objets et des autres. C’est cette Présence qui de sa propre liberté, projette le mental, le corps, et le monde, par la pensée, la sensation et perception et c’est la même Présence qui, de sa propre liberté, retire la projection et vient à se connaître elle-même de nouveau comme amour, paix et beauté. Avec d’autres mots, la Présence est l’origine, l’intérêt, l’aspiration, la recherche, la pratique, le chemin, l’élève, l’enseignant et le but. Dans chacune de ces formes, elle doit être honorée avec amour et intelligence.